Voir les vacances spectaculaires d’un ami ou la promotion d’une collègue peut déclencher envie, découragement ou insatisfaction personnelle. Ce réflexe relève de la comparaison sociale, un mécanisme humain ancien auquel les réseaux sociaux donnent une portée nouvelle.
Des études menées auprès de jeunes adultes sur Instagram et Facebook associent certaines comparaisons à une estime de soi plus faible. Le contexte, le type de contenu et la manière de consulter les plateformes nuancent toutefois les effets observés.
A retenir :
- Comparaisons ascendantes associées à une estime de soi fragilisée
- Contenus idéalisés susceptibles d’accentuer l’insatisfaction personnelle
- Usage des réseaux sociaux dépendant du contexte relationnel
- Habitude parfois liée à des comparaisons moins extrêmes
Comparaison sociale en ligne : pourquoi les images pèsent sur l’estime de soi
Parce que la comparaison est un réflexe courant, son amplification numérique peut modifier la façon dont chacun évalue sa vie. Dans les travaux de l’Université de Montréal, les comparaisons ascendantes désignent celles où l’on se mesure à une personne perçue comme plus avantagée.
Images idéalisées, envie et insatisfaction personnelle
Dans ce cadre, des photos soigneusement sélectionnées peuvent faire paraître les réussites des autres plus fréquentes et plus accessibles qu’elles ne le sont réellement. Une personne confrontée à des images de voyages, de réussite professionnelle ou de corps valorisés peut alors ressentir envie, pression sociale ou malaise.
Selon l’Université de Montréal, les comparaisons ascendantes étaient associées à une estime de soi plus faible et à davantage de symptômes dépressifs dans les deux études décrites. Il s’agit d’associations observées par questionnaire, et non d’une preuve que les plateformes provoquent à elles seules la dépression.
Les chercheurs ont aussi examiné l’écart perçu entre soi et les personnes suivies. Plus cet écart paraît important, plus la comparaison peut devenir difficile à vivre.
Repères pour comprendre les comparaisons :
- Comparaison ascendante avec une personne jugée plus favorisée
- Comparaison descendante avec une personne jugée moins favorisée
- Écart perçu entre sa situation et celle observée
- Contenu esthétique souvent éloigné du quotidien ordinaire
Situation observée
Comparaison possible
Effet à surveiller
Vacances mises en scène
Vie personnelle jugée moins attrayante
Envie ou découragement
Réussite professionnelle publiée
Parcours personnel évalué à la baisse
Insatisfaction personnelle
Images de corps valorisés
Apparence comparée à un idéal
Fragilisation de l’image corporelle
Échanges avec des proches
Comparaison moins centrée sur l’apparence
Soutien et sentiment d’appartenance possibles
« J’ai fait plein de liens avec ce que les gens de ma génération vivent par rapport aux médias sociaux. »
Justine L.
Usage des réseaux sociaux : des effets qui changent selon le contexte
Ces effets ne se résument pourtant pas au temps passé en ligne : la période et le motif d’utilisation comptent aussi. Les études montréalaises offrent un contraste entre les échanges observés pendant la pandémie et ceux relevés après celle-ci.
Deux études, deux périodes et des résultats nuancés
La première étude, conduite en octobre 2021, portait sur 139 utilisateurs d’Instagram âgés de 18 à 35 ans. La seconde, réalisée en juin 2023, réunissait 206 utilisateurs d’Instagram et 207 utilisateurs de Facebook.
Selon l’Université de Montréal, l’utilisation d’Instagram était liée à une meilleure estime de soi dans le premier échantillon. Les chercheurs avancent que la plateforme pouvait alors aider à maintenir les liens sociaux pendant les confinements, sans en faire une explication démontrée.
Dans l’étude menée après la pandémie, l’utilisation des deux plateformes était associée à une estime de soi plus faible et à davantage de symptômes dépressifs. Selon l’Université de Montréal, l’exposition accrue aux comparaisons ascendantes contribuait à comprendre cette relation.
Repères sur les recherches montréalaises :
Collecte
Plateforme
Participants
Contexte rapporté
Octobre 2021
Instagram
139 jeunes adultes
Période de pandémie
Juin 2023
Instagram
206 jeunes adultes
Période après la pandémie
Juin 2023
Facebook
207 jeunes adultes
Période après la pandémie
Les deux études
Questionnaires
Participants de 18 à 35 ans
Comparaisons, estime de soi et symptômes
« Pendant la COVID-19, on a observé un lien positif entre l’utilisation des médias sociaux et l’estime de soi. »
Sébastien H.
Cette différence rappelle qu’un même réseau peut servir à garder contact ou exposer à des contenus qui nourrissent la comparaison. La suite consiste donc à distinguer les habitudes et les contenus plutôt qu’à condamner indistinctement les plateformes.
Bien-être psychologique : repérer les usages qui protègent
Au-delà du contexte, les résultats invitent à regarder comment une personne utilise les plateformes et interprète ce qu’elle voit. Cette attention peut aider à réduire la pression sociale sans supprimer les échanges qui soutiennent le bien-être psychologique.
Habitude numérique et comparaisons moins extrêmes
Les chercheurs ont observé que les utilisateurs fréquents tendaient à rapporter des comparaisons ascendantes moins extrêmes. Ils proposent plusieurs explications possibles, notamment l’habitude de voir des profils embellis ou l’évolution des standards personnels.
Ces hypothèses ne signifient pas qu’une forte utilisation protège systématiquement contre l’anxiété ou la dépression. Elles montrent plutôt que la fréquence, le contenu consulté et la distance ressentie entre soi et autrui méritent d’être considérés ensemble.
Pratiques favorables à un usage réfléchi :
- Repérage des contenus qui déclenchent une comparaison pénible
- Attention portée aux échanges plutôt qu’aux seuls profils vitrines
- Prise de recul face aux standards corporels irréalistes
- Dialogue ouvert avec les jeunes sur leurs ressentis
« Plus on utilise les médias sociaux, moins on fait de comparaisons extrêmes. »
Justine L.
Préserver l’image corporelle sans diaboliser les plateformes
Quand une personne remarque qu’un fil d’actualité nourrit l’insatisfaction personnelle, elle peut observer quels contenus déclenchent ce ressenti et ajuster ses abonnements. Cette démarche concrète ne remplace pas un accompagnement professionnel lorsque la souffrance devient persistante.
Les chercheurs défendent une approche nuancée : distinguer les contenus et les expériences individuelles plutôt que présenter les médias sociaux comme entièrement bénéfiques ou nocifs. Cette vigilance permet aussi de conserver les usages relationnels qui apportent soutien et appartenance.
« Tout n’est pas mauvais dans les médias sociaux. »
Sébastien H.
Source : Université de Montréal.
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